Attention une école peut en cacher une autre, de Danièle DUGELAY

  Nous remercions Mme DUGELAY pour son soutien. La qualité de son texte et la force de son engagement nous confortent dans notre action.

 

 

 

 

Je suis une dame âgée née en 1940 dans le village de Razès, sur l'ancienne nationale 20, un peu au nord de Limoges. J'ai grandi à Paris, mais mes meilleurs souvenirs d'enfance viennent  de mes séjours dans ces magnifiques paysages limousins pendant les vacances scolaires. Mon grand-père, Emile Sylvestre, devenu maire de Razès, a eu son "heure de gloire" lorsqu'il a gagné de vitesse un groupuscule de droite catholique qui voulait construire dans le village une école maternelle dans les années 50. Je le revois encore s'activer de tous côtés et crier de sa grosse voix au téléphone à manivelle, mais il a gagné : l'école maternelle toute neuve de Razès fut une école publique, laïque et républicaine. Pour cet exploit, il reçut les palmes académiques que je conserve précieusement avec le barbichet de mon arrière-grand-mère. C'est vous dire comme j'ai été élevée dans l'amour de la laïcité et de la loi de séparation. Aussi, plus tard, j'ai participé à tous les combats contre l'enseignement privé. La dernière grande bataille, celle contre la loi Carle, m'a donné l'occasion de me joindre à l'association de l'Ecole de Proximité, particulièrement active dans cette action et dont l'objectif de base me concerne en tant qu'institutrice, ancienne adhérente de la FCPE et soucieuse de préserver toutes les petites structures des zones rurales et vallonnées comme dans mon Limousin natal.

La vie m'a donné l'occasion de m'engager ailleurs depuis de nombreuses années : la LDH, la Libre-Pensée, la "Gauche de la Gauche", le Féminisme...
Lorsque j'ai été prévenue des problèmes posés par l'école "La Calendreta", j'ai pensé que ce n'était pas possible, pas dans "ma" terre de Gauche qui a toujours montré son attachement à la République et à l'école. Aussi, je suis favorable à toute action, même et surtout juridique, pour rappeler les règles de loi que nos élus devraient être les premiers à respecter en toutes circonstances.

En tant que membre de la Libre-Pensée, je ne suis pas mandatée pour m'exprimer sur ce sujet. C'est donc comme citoyenne libre-penseuse que je  déclare considérer qu'une école associative, sans lien aucun avec une religion, est une école privée, quel que soit l'intérêt de la forme d'enseignement qu'elle dispense. Elle peut choisir son statut, être hors-contrat ou sous contrat d'association avec l'Education Nationale, cela n'en fera pas une école publique. Ses caractéristiques, voire même ses qualités qui peuvent exceptionnelles, n'entrent pas en compte dans le cadre juridique. Le fait qu'elle reçoive des subventions ou avantages en nature auxquels elle n'a pas droit présente un risque important d'être considéré comme un précédent auquel toute autre école privée, notamment confessionnelle, pourra se référer. Il lui sera facile de reprocher aux collectivités territoriales une discrimination liée à la religion si on lui refuse les mêmes avantages et de s'adresser aux juridictions de l'UE. C'est un gros risque pour la Laïcité et le respect de la loi de 1905, déjà tellement en danger.

En tant que militante de gauche, je suis bien obligée de reconnaître que cette école, grâce aux subsides reçus de toute part et indirectement payante par l'obligation faite aux parents de régler une adhésion non négligeable, dispose de moyens bien supérieurs à ceux de l'école primaire publique. Ses élèves bénéficient de conditions que nous aimerions voir dans tous nos établissements, notamment au niveau des effectifs d'enfants par classe. Le nombre d'enseignants ou d'intervenants, probablement supérieur, permet ce type d'enseignement très intéressant, qui doit être aussi parfois novateur et même expérimental. Ancienne institutrice,  je me sens concernée. Je m'oppose à tout nivellement "par le bas", surtout dans ce domaine qui prépare l'avenir, toutefois il est bien évident qu'en choisissant de privilégier un établissement privé par rapport à ceux de notre République, les collectivités territoriales participent à la création d'une "école à deux vitesses" et à l'inégalité des conditions d'apprentissage de nos enfants.

Par contre, en tant que Limousine d'origine, cela me fait mal au coeur de m'opposer ainsi à une école qui essaie de conserver, dans le cadre d'un projet original, la langue occitane, si proche du patois de mes grands-parents dont il me reste quelques souvenirs que j'utilise parfois encore à l'occasion. Là, il y a un côté affectif qu'un élu ou un militant peut gérer, mais pas en allant à l'encontre de la loi. Puisque l'Occitan est reconnu dans les examens nationaux, il me semble qu'il serait normal de réclamer qu'il soit enseigné dans certains établissements publics. Je ne sais pas ce que disent les textes de loi à ce sujet, mais cette exigence m'apparaît comme logique. Cependant, et là je reprends ma casquette de militante de gauche, les langues régionales, si elles se généralisent trop, représentent un danger pour tous ceux qui refusent la construction de la mondialisation gouvernée par une oligarchie de grands financiers internationaux. Ce projet est assez connu par ceux qui s'occupent  de politique pour qu'on sache qu'il comporte la destruction des Etats-Nations pour les remplacer par de grandes régions découpées selon des critères ethniques et linguistiques. Personnellement, je n'ai pas l'intention de faciliter la tâche de ces ravageurs. Le Français, à l'échelle de l'Histoire, est une langue nationale récente : ma mère a beaucoup souffert d'abandonner le patois qui était interdit quand elle est entrée à l'école. Donc protégeons notre belle langue, mais conservons le souvenir vivant de nos langues provinciales dans quelques écoles publiques et surtout dans la vie associative.


En conclusion : argent public à la seule école publique sans exception ; l'enseignement dans le secteur public de toutes les matières reconnues pour l'obtention des diplômes d'Etat ; protégeons la laïcité, la loi de 1905, la république et la démocratie.

Danièle DUGELAY