Merci à l' ANELALP pour avoir publié notre article.

Publié le par ecolepublique87

Limoges : défendre le communautarisme ou la laïcité ? 

Des élus de la République ont fait un choix….le mauvais !


Le 1er septembre 2011 les parents d'élèves du groupe scolaire de Landouge, un quartier de la ville de Limoges, ont vu à leur grande surprise s'installer dans une partie de leurs locaux utilisés pour la garderie des enfants…..une école privée : la Calandreta Lemosina.

Celle-ci, fut imposée sans même la consultation du directeur de l'école, pourtant responsable des locaux et sans prendre contact auprès de l'association des parents d'élèves de l'école publique à qui il fut déclaré qu'il s'agissait d'une situation d'urgence, car cette école privée aurait été sans locaux à cette rentrée, un dégât des eaux datant de début août aurait endommagé ses anciens locaux.

Nous apprendrons par la suite que ce fameux dégât des eaux  était réparé depuis bien longtemps et que les locaux étaient prêts à accueillir  cette école dès le premier septembre.

Avec stupéfaction, nous voyons alors les élèves de l'école publique privés d'une partie de leur cour de récréation et de leur préau, puisque situés au niveau des locaux occupés par la Calandreta Lemosina. La matérialisation de cette séparation public-privé, sera effectuée par les services techniques de la mairie à l'aide d'une «rubalise» de chantier !

Après de multiples réunions avec des représentants de la mairie et de l'inspection académique, nous apprenons que la mairie ne peut nous signifier une date précise de départ de la Calandreta Lemosina.

Les locaux sont donc fournis jusqu'à présent à titre gratuit à cette école, puisque leur désaffectation n'a pas été déclarée. La mairie ne peut donc pas procéder à la signature d'une convention.

L'association des parents d'élèves de Landouge s'insurge contre cette situation inadmissible vécue par les élèves de l'école publique, qui se voient lésés d'une partie de leur espace de récréation, et non des moindres, surtout par temps de pluie.

S'en suit une campagne médiatique d'acharnement à l'encontre de l'association des parents d'élèves, réalisée par les médias régionaux, accusant les membres de cette association d'intolérance et d'égoïsme.

Dans ces différents médias locaux, nous apprenons que la Calandreta Lemosina semble être une école parfaite, elle est gratuite (sauf que le coût total de la scolarisation d'un élève est de 260€, en comptant la participation à l'association), laïque (et oui, car non confessionnelle !!!), bénéficie d'une pédagogie active (elle revendique un enseignement s'inspirant de la méthode Freinet, mais ne peut en aucun cas être reconnue comme telle) et immersive (tous les enseignements se déroulent entièrement en occitan de l'âge de 2 ans jusqu'au CE1 !!!).

Les parents d'élèves de l'école publique se mobilisent, ils soumettent une pétition à laquelle 300 familles expriment leur mécontentement  et écrivent au Député-maire de Limoges, M Alain Rodet, mais aussi à Madame Desproges Peyroux, adjointe déléguée à l'enfance.

La mairie avait fait part de son intention de mélanger les enfants issus du public et du privé aux heures de pause méridienne alors que le code de l'éducation, ensemble des lois appliquées aux établissements scolaires, l’interdit strictement pour des raisons juridiques.

Notons par ailleurs que d'importants travaux de rénovation ont été réalisés depuis l'installation de la Calandreta (mise aux normes de l'électricité, changement des serrures, réfection des peintures, mise en place de nouveaux extincteurs, pose d'un portail et d'un panneau à l'entrée de la cour, sécurisation de cette cour). Dépenses engagées aux frais des contribuables, travail effectué par les services techniques de la ville et d’entreprises privées pendant le week-end!

Madame Desproges Peyroux réalise une réponse[1] à l'ensemble des familles signataires de la pétition ! (certes, c'est une dépense publique mais minime au vu des frais engagés par la mairie pour l'aménagement des locaux pour la Calandreta Lemosina).

Nous vous proposons ici quelques morceaux choisis de lettres reçues par les parents qui peuvent surprendre, voire indigner.

Mme Desproges Peyroux [2]s'emporte : « Je vous propose d'arrêter de me « balancer» du  Jules Ferry  à chaque argument ».

Nous déplorons de tels écrits de la part des élus, qui ne semblent pas en mesure de défendre l'école de la république !

M Alain Rodet et Mme Deyproges Peyroux  soutiennent  dans deux courriers distincts (mais le copié-collé est si vite mis en œuvre aujourd'hui) que: « La Calandreta est une association laïque, gratuite sous contrat d'association avec l'éducation Nationale ».

Il est incroyable qu'un député-maire socialiste, qui a pourtant voté contre la loi Carle en 2009, ne sache pas définir correctement ce qui relève du public et ce qui est  du domaine privé même si c'est non confessionnel.

Néanmoins, n'oublions pas que M. Alain Rodet [3]a également travaillé sous le gouvernement Jospin, en 2002, sur la loi de finances où il est question du financement et de l’intégration des écoles associatives dispensant un enseignement en langues régionales par immersion dans le service public, comme les écoles Diwan ou les Calandreta. 

M. Alain Rodet déclare également dans la suite de son courrier [4] « Aurait-il été préférable, comme vous le laissez entendre de les contraindre à s'inscrire au dernier moment dans une école « classique » avec les problèmes d'adaptation pédagogique que cela supposait ».

Par école classique, M le maire sous entend certainement école de la République ! Cela ne devrait pas être si difficile à nommer pour un élu, censé la défendre !

Pour les difficultés d'adaptation potentiellement ressenties par ces élèves, il est certain que lorsqu'à cinq ans un enfant n'a jamais utilisé le Français à l'école (qui est notre langue déclarée dans la constitution) il lui est difficile de s'intégrer et de suivre un cours dans cette école « classique », et c'est pour cela que l'immersion est un concept anticonstitutionnel et communautariste.

Suite à cette série d'attaques, des parents d'élèves ont réagi et ont créé un blog[5] afin de rétablir la vérité sur les enjeux de la situation, et notamment les dépenses et financements de cette école associative.

En effet, nous avons appris que la Calandreta lemosina reçoit par le biais de son association de fortes subventions de la part du Conseil régional du limousin, 45 000€ en 2010[6] (subventions à objet déguisé, cf la circulaire de septembre 2010 du préfet des Pyrénées Atlantiques[7]).

Nous rappelons qu'une école élémentaire privée ou publique ne peut recevoir de subventions que d’une seule collectivité compétente: la municipalité. De plus, pour les écoles privées, cette subvention appelée « forfait communal » ne doit pas dépasser ce qui est versé à chaque élève de l'école publique.

Au fil des commentaires sur le blog, d'autres élus sont sortis du bois pour, eux aussi, manifester leur mécontentement à notre endroit ou leur méconnaissance approfondie de la laïcité.

Ainsi madame Sandrine Gouraud, élue PCF- limousin terre de gauche au Conseil Régional  nous fait part, sous la forme d'une série de commentaires, de son avis sur la Calandreta Lemosina, sur la laïcité et sur l'école publique.

Tout d'abord, elle nous éclaire sur ses connaissances concernant la laïcité : « Laïque : Qui n'appartient pas au Clergé » et un peu plus loin dans son commentaire nous pouvons noter : « La laïcité, c'est respecter toutes les obédiences, culturelles – religieuses. Le prosélytisme n'a aucune place au sein de l'école ! Pour preuve, lors des élections Régionales 6 parents étaient candidats sur des listes politiques différentes»

Passons sur cette définition pour le moins étrange de la laïcité. Pour éclairer un peu, la Calandreta Lemosina comptait 67 élèves, 50 aujourd'hui. Six parents d'élèves candidats, 1 sur 8, quelle autre école peut-elle se targuer de compter autant d’élus, candidats… sur ses listes de parents? On voit bien ici que cette école cumule les particularités.

 

Dans un autre message, Mme Gouraud nous délivre le fond de sa pensée sur les enseignants de l’école publique «  Pour un certain nombre de parents, la Calandreta n'est pas un choix... C'est une solution à la scolarisation de leur enfant rejeté par le système scolaire "traditionnel "qui plutôt que de reconnaître ses limites, laisse des enfants dans le fond de la classe, les couvre d'insultes, les dévalorise. »

L'école de la République serait donc atteinte de tous les maux, elle serait constituée de personnels à la cruauté et à la bêtise sans nom, qui agresseraient les enfants par plaisir sadique ! Ces limites, tout enseignant les connaît, et les limites du système également, mais quel choix doit-on adopter ?

·         Se tourner vers un organisme privé, qui n'a qu'une solution de façade, en faisant croire aux parents que le problème est résolu ou bien minime, car aucun enseignant de cette école associative n'a de formation suffisante effective  pour résoudre certains problèmes comportementaux d'élèves,

·          Ou défendre l'école publique, et  lui accorder plus de moyens pour qu'elle puisse agir pour le bien être des enfants en difficulté, quelle qu'elle soit ?

N'est ce pas le rôle d'un élu d'agir ainsi ? Si les élus de la République ne luttent pas pour l'école publique, qui va le faire ?

Quand nous avons su qu'une procédure de désaffectation des locaux occupés par la Calandreta Lemosina était à l'ordre du jour du conseil municipal, le 6 octobre, nous sommes allés y assister.

Lorsque la procédure a été mise à l'ordre du jour pour être votée, un conseiller municipal, issu du mouvement «Les alternatifs », Monsieur Cyril Cognéras a pris la parole pour effectuerun laïus sur l'occitan en général et sur la Calandreta Lemosina en particulier, et s'est permis une petite incartade en déclarant que les parents d'élèves de l'école publique avaient traité les enfants de « mots infâmes », ce qui est un mensonge. Un comportement démagogique de cet ordre a-t-il réellement sa place dans une instance de la République ?

Remarquons qu’Aurélie Laurière (NPA), conseillère municipale dont l’enfant fréquente cette école,  a également cru bon de dévoiler que cette désaffectation « règlerait de façon pérenne »[8] les ennuis de locaux de la calandreta, puis elle a pris part au vote préalable à la désaffectation.

Un peu plus tard, suite aux multiples réponses que nous avons rédigées sur notre blog aux propos des ardents défenseurs de cette école privée, nous avons eu la surprise de voir M. Cyril Cognéras nous écrire « L'école de la République serait-elle devenue sectaire et raciste ? » Notons queM. Cognéras a été candidat aux législatives du Parti Occitan en 2002, ce qui est tout à fait son droit. Ce parti, basé surl'éthno-linguisme, prône l'autonomie de l’Occitanie, divisant le territoire national en fonction des différentes langues régionales, en annihilant l'état nation. Etre insulté de sectaire de la part de quelqu'un qui véhicule de pareilles idées est tout de même bien risible, nous passons sur le terme « raciste », que vient faire ce terme dans un pareil débat ?

Très intrigués par le financement qu'accorde le Conseil régional (majorité PS) à cette école privée, nous avons contacté le groupe politique « Limousin Terre de Gauche » qui rassemble les élus du PCF, du Parti de Gauche et du NPA. Ce groupe a voté systématiquement pour ces subventions depuis des années et lui avons donc proposé une rencontre. Cette rencontre, fixée au 10 novembre 2011, s'est déroulée au sein des locaux du Conseil régional. Les élus présents à cette rencontre étaient les suivants :

Mme Pascale Rome (PCF), M Joël Ratier (PCF), Mme Laurence Pache (PG) M Stéphane Lajaumont (NPA) et M Gilbert Bernard (secrétaire de M Audouin, PCF)

Au cours de cette rencontre nous avons bien insisté sur le fait que notre action n'était absolument pas dirigée contre l'apprentissage de l'occitan, mais qu’elle visait à faire respecter la loi sur le financement des écoles, et pour faire entendre à ces élus la position et exigence des laïques authentiques : « école publique, fonds publics, école privée, fonds privés ».Nous avons même proposé à ces élus de développer l'occitan en Limousin par la création d'un centre culturel dédié à cette langue.

Nous nous sommes heurtés à une fin de non recevoir. Pour ces élus cette école est bien laïque, car non confessionnelle, l'apprentissage par immersion dès 2 ou 3 ans est, de leur point de vue, la meilleure méthode pour l'apprentissage d'une langue régionale, le caractère illégal de leur subventionnement ne les choque pas, et la création d'un centre culturel est inutile puisque la Calandreta existe ! 

Chacun est donc reparti sur ses positions. Cependant, quelques jours après notre rencontre, le groupe « limousin terre de Gauche » a demandé un vote dissocié pour une partie du  « projet de charte interrégionale et transfrontalière  de développement de la langue occitane », car un paragraphe du texte évoquait « le soutien aux acteurs qui agissent pour le développement de l'enseignement bilingue public, associatif ou privé »  poussés par le refus de M. Denanot, président socialiste du conseil régional, d'intégrer un amendement précisant que cette aide se ferait « tant que le service public d'éducation ne répond pas à cette mission ». Comme quoi les arguments développés le 10 novembre ont quand même eu un certain écho auprès de ces élus.

Dans cette bataille pour défendre la laïcité, les parents d'élèves de l'école publique de Landouge ont eu aussi  la surprise de voir le responsable départemental de la FCPE, militant socialiste, M. Maurice Sourdioux, se prononcer en faveur de la Calandreta[9], au motif qu'il privilégiait la motion de la FCPE sur les langues régionales au détriment de l'autre motion « L'argent public pour l'école publique », datant toutes les deux de juin 2011, oubliant au passage qu’il s’agit de développer l’enseignement des langues régionales dans le service public !

Cela fait maintenant sept longs mois que dure cette affaire, où seule la Libre Pensée s'est exprimée pour la défense de la laïcité et de l'école de la république. Grâce au soutien de la Fédération de la Libre Pensée 87, l'association des parents d'élèves a réussi à mettre en œuvre une conférence-débat avec Michel Godicheau comme conférencier, sur le thème « la laïcité d'hier à aujourd'hui ».

Cette conférence, a eu lieu le vendredi 17 février et a rencontré un franc succès puisque plus de soixante dix personnes se sont déplacées pour y assister. Pourtant aucun élu municipal, général ou régional de gauche n'a daigné se déplacer. Certains se sont excusés et d'autres comme M. Pierre Allard, maire de St Junien, ont témoigné leur intérêt par un écrit. Le maire de Couzeix, M. Jean-Marc Gabouty, Conseiller Général de Haute Vienne, était présent et a pris la parole, entamant un dialogue intéressant avec l’intervenant.

Nous sommes toujours en lutte contre cette installation qui ressemble à une effraction bien organisée et ce, au plus haut niveau de notre commune. Nous n'avons toujours pas de réponse quant à une date de départ fixée de cette école privée. Sachant que les effectifs sont croissants à l’école de Landouge, la spoliation de ces salles risque d’empêcher une nécessaire création de classe dans un futur très proche (cf Mme Bazzo, Inspectrice d’Académie dans un entretien avec les DDEN[10]).

Au départ, la seule motivation des parents d'élèves de l'école de Landouge était d'assurer le bon déroulement des cours pour tous les enfants, en toute sécurité. Puis, au fil des jours le financement fantaisiste au frais du contribuable de cette école est apparu comme suffisamment alarmant pour devenir une source de motivation supplémentaire. Car, il semble bien dans cette affaire qu'une minorité, bien entourée et bien soutenue fasse payer ses choix communautaristes à la collectivité.

Mais pour nous, pour les parents d'élèves,  la bataille continue. Car il ne saurait être question, surtout dans la période actuelle, que l'on baisse la garde sur la défense de la laïcité, de l'école publique et des principes républicains. 

Nous remercions donc l'association des élus de la Libre Pensée de se faire l'écho de notre action et de nous soutenir par la publication de cet article.

 

Maryline Maureil,  Gaëlle Petit, Théodore Manesse, Parents d'élèves de l'école de Landouge, adhérents de la LP 87.

 



[1] Lettre de S.Desproges Peyroux , conseillère municipale, du 7 octobre 2011

[2] Lettre adressée à l’association des parents d’élèves  de Landouge du 12 octobre 2011

[3] Projet de loi de finances pour 2002 : http://www.assemblee-nationale.fr/budget/plf2002/b3320-17.asp

[4] Lettre du 30 septembre 2011 adressée à Mme Maureil, parent d’élève.

[5] ecolepublique87.over-blog.com

[6] Commission permanente du 29 juillet 2010, n° CP 10-07-0722

[7] http://www.paysbasqueinfo.com/images/documents_pdf/circulaire7septembre2010.pdf

[8] http://npa87.org/elus-elections/limoges/492-cm-07-octobre-2011-calendreta

[9] In « la revue des parents FCPE » décembre 2011.

[10] http://dden87.fr/Insp-Aca/reunions-IEN-IA/2011-10-25%20Compte%20rendu%20entrevue%20avec%20IA%20le%2025.10.2011.pdf

Commenter cet article